Concours de plaidoiries: Hélène Yildiz sélectionnée pour la finale nationale

En participant au concours de plaidoiries organisé au lycée Saint-Exupéry de Fameck, Hélène Yildiz, élève de terminale, s’est livrée. D’abord en choisissant de mettre en lumière la situation complexe des alevis de Turquie, la communauté à laquelle elle appartient. Et puis en allant plus loin. En parlant de ses croyances et convictions. «  De mon identité  », ose-t-elle avec une pudeur d’ores et déjà soulignée par le jury.

Sélectionnée au sein de son établissement avec la thématique ” Une croyance dissimulée : les alevis de Turquie” , puis retenue à l’issue des demi-finales pour participer à la finale nationale le 26 janvier prochain au Mémorial de Caen, la jeune fille affiche une étonnante sérénité. Son texte, elle le connaît par cœur. «  Au moment de l’écriture, j’avais toutes les idées dans ma tête. Je n’ai eu qu’à les organiser et les mettre en corrélation avec des articles de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. »

« Savoir qui je suis vraiment  »

Le sujet qu’elle défend est délicat. Elle ne le maîtrisait pas vraiment il y a encore deux ans. «  Je questionnais beaucoup mes parents sur ce que nous étions. Je voulais savoir pourquoi ils cachaient ce qu’ils étaient. Je voulais savoir qui j’étais vraiment, en termes de religion, de croyance, etc. J’ai commencé à faire des recherches et j’ai encore beaucoup à découvrir.  »Les alevis sont considérés comme inexistants en Turquie, avec une pratique «  qui ne suit aucun des piliers de l’Islam  », éclaire Hélène, évoquant les discriminations et persécutions dont fait l’objet cette communauté. «  En Turquie, les alevis se cachent, ne parlent pas. En France, c’est plus facile de s’exprimer sur la question. Un de mes oncles, qui travaille dans une administration en Turquie, fait semblant de prier pour ne pas se faire renvoyer. L’une de mes cousines fait l’objet de remarques parce qu’elle ne mange pas hallal  », raconte la lycéenne.

«  Elle fait entendre une cause méconnue , et je trouve qu’il s’agit là d’une plaidoirie préventive , apprécie Géraldine Morscheidt, l’une des enseignantes en charge du projet. Hélène n’était pas forcément une élève à prendre systématiquement la parole en classe. Elle a été portée par sa plaidoirie. Cette expérience l’a sublimée.  »

À l’aube de la finale et du grand oral qui se déroulera devant un jury composé de journalistes, d’avocats et de personnalités impliquées dans la défense des Droits de l’Homme, Hélène, sourire au coin des lèvres, se dit «  pressée. Je sais que je vais apprendre des choses au jury et c’est pour moi un grand honneur. Parler des alevis, c’est maintenant ou jamais.  »

Joan MOISE (Républicain Lorrain du 16 décembre 2017)